Vous posez doucement bébé dans l’eau et là, il écarte brusquement les bras, ouvre grand les yeux et se met à pleurer alors qu’il semblait calme deux secondes avant ? Il s’agit sans aucun doute du réflexe de Moro, très courant durant les premiers mois d’un nourrisson. Dans cet article, je vous dis tout ce qu’il faut savoir pour mieux le comprendre et accompagner bébé en douceur.
C’est quoi exactement le réflexe de Moro ?
Le réflexe de Moro est ce qu’on appelle un réflexe archaïque, c’est-à-dire un réflexe présent dès la naissance, qui fait partie du développement neurologique normal du bébé. Il est même rassurant : son existence montre que le système nerveux de bébé fonctionne bien.
Ce qui le déclenche ? La sensation de perdre un appui brusquement, un changement soudain de position, de température ou de sensation en général. Et sa signature est assez caractéristique : les bras s’ouvrent en grand puis se referment, souvent accompagnés d’une grande inspiration ou d’un petit cri, les yeux grands ouverts.
La bonne nouvelle, c’est que ce réflexe disparaît progressivement entre 3 et 6 mois, parfois un peu plus tard selon les bébés. Il est donc temporaire même s’il est vrai que sur le moment, il peut être impressionnant.
Pourquoi le bain déclenche-t-il si souvent le réflexe de Moro ?
Le bain réunit à lui seul plusieurs éléments qui peuvent activer le réflexe de Moro. Ce n’est pas une coïncidence !
La perte de repères corporels
Dans le quotidien, bébé est en permanence en contact avec quelque chose : un matelas, les bras de son parent, ses vêtements. Ces points d’appui lui donnent des informations constantes sur son corps. Dans l’eau, tous ces repères changent d’un coup. Même si l’eau soutient le corps, le cerveau doit réinterpréter entièrement les sensations qu’il reçoit et c’est précisément cette période d’adaptation qui peut déclencher le réflexe.
Le système vestibulaire très sollicité
C’est une notion peu connue mais vraiment essentielle à comprendre. Le réflexe de Moro est étroitement lié au système vestibulaire, qui gère l’équilibre et la perception du mouvement. Dans l’eau, le corps flotte différemment, les mouvements sont plus amples, la tête peut légèrement basculer. Pour un nourrisson, c’est une quantité considérable d’informations à traiter en très peu de temps, ce qui explique pourquoi certains bébés déclenchent le réflexe dès l’entrée dans l’eau, ou lors du passage des bras vers le bain.
La surprise thermique
Même une eau à bonne température peut surprendre le système nerveux au premier contact. Le réflexe de Moro est aussi un réflexe de protection face à tout changement soudain. Ce n’est donc pas uniquement de la peur, c’est le corps qui réagit à un environnement nouveau, de façon tout à fait automatique.
Faut-il s’inquiéter ?
Dans la grande majorité des cas, non. Si le réflexe diminue rapidement, que bébé se détend et qu’il finit par apprécier le bain, tout va bien. L’essentiel est de le contenir dès que le réflexe se déclenche, pour que la sensation désagréable s’arrête rapidement.
En revanche, si bébé reste tendu longtemps et pleure systématiquement lors de chaque bain, il vaut vraiment la peine d’adapter votre façon de l’entrer dans l’eau.
Comment limiter le réflexe de Moro lors du bain ?
Sécuriser les appuis dès le départ
Le cerveau de bébé cherche des repères. Avant même de le poser dans l’eau, gardez une main bien contenante sur ses épaules ou son dos. Attrapez-le ensuite entre les jambes et sous l’épaule, et faites-le pivoter pour qu’il arrive sur le côté. L’idée est d’avoir un contact large, pas seulement sous la nuque, et de poser son corps progressivement, en commençant par les pieds. Un bébé qui sent un appui stable va beaucoup moins déclencher ce réflexe.
Entrer dans l’eau lentement, mais sans s’arrêter
L’erreur fréquente, c’est d’hésiter ou d’avancer par à-coups. Le système nerveux de bébé préfère une entrée lente, régulière et fluide, qui lui permet d’anticiper plutôt que de réagir en urgence. On ralentit le geste, mais on reste continu.
Maintenir un contact corporel large et rassurant
C’est peut-être le point le plus sous-estimé. Le contact large du corps, ce qu’on appelle le toucher profond ou la stimulation proprioceptive, envoie des informations rassurantes au cerveau. En piscine comme dans le bain, on garde donc bébé bien proche de soi et on englobe son corps plutôt que de le tenir en suspension. Ce type de contact aide le système nerveux à se réguler.
Accompagner chaque changement de position avec la voix
Certains bébés tolèrent très bien les changements de position, d’autres sursautent à la moindre rotation. Pour ces derniers, prévenir par la voix avant de bouger, ralentir les gestes et accompagner la rotation avec les deux mains fait une vraie différence. Le son de votre voix calme est déjà en soi une information rassurante pour bébé.
Utiliser le bain comme un moment d’intégration sensorielle
L’eau est un environnement formidable pour aider le système nerveux à s’organiser et à maturer. Des expériences répétées, douces et sécurisantes permettent une diminution progressive du réflexe, une meilleure détente corporelle et un meilleur contrôle des mouvements. C’est pour ça que des bébés très sursautants au départ peuvent devenir complètement détendus dans l’eau après quelques semaines.
Ce qu’il vaut mieux éviter pour limiter le réflexe de Moro
- Poser bébé trop vite dans l’eau
- Lâcher le contact trop tôt
- Changer de position de façon brusque
- Laisser la tête basculer légèrement en arrière
- Faire le bain quand bébé est fatigué
Bon à savoir : Si votre bébé est très observateur, très tonique, très réactif à son environnement, il y a de grandes chances qu’il déclenche plus souvent le réflexe de Moro. Ce n’est pas un problème, c’est même le signe d’un système nerveux très réceptif ! Ces bébés ont simplement besoin de plus de progressivité, plus de repères, et un peu plus de temps pour s’adapter. Et souvent, ce sont eux qui deviennent ensuite les plus à l’aise dans l’eau.
Le réflexe de Moro dans le bain est fréquent, normal et surtout temporaire. Ce n’est pas un signe que bébé n’aime pas l’eau ou qu’il a peur : c’est simplement son système nerveux en train d’apprendre. Avec des gestes plus lents, des appuis stables, un contact rassurant et de la régularité, on arrive presque toujours à une amélioration rapide et souvent à un bébé qui adore l’eau.
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Cet article a été rédigé par Emeline Riffier et Marie Mourot.
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